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Vicente Harras : auteur français aux ancêtres espagnols

Trois pièces écrites

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Version espagnole



Les belles conséquences d'un contrôle fiscal



Comédie contemporaine en quatre actes


Distribution : Deux femmes, deux hommes :


Vicente Harras, la trentaine, officiellement travailleur indépendant, activités artistiques. Il s’arrange pour atteindre chaque année un bénéfice insignifiant, ainsi bénéficier du Rmi.

Julia, sa compagne, la trentaine, artiste peintre, bénéficiaire du Rmi.

Natalia, soeur cadette de Julia, 25 ans, artiste peintre, poète, actrice.

Philippe Dupneu, la cinquantaine, inspecteur des impôts.




Acte 1


Le salon d’une maison de village, ancienne, en pierres, près de Cahors. Faiblement meublé : un canapé, une table basse, une télé, un téléphone. Correctement tenu.
Au premier plan, à gauche, porte donnant sur l’extérieur. Puis une fenêtre.
Au premier plan, à droite, porte ouvrant sur la cuisine (où est située l’ouverture conduisant au grenier).
Au fond, porte ouvrant sur un couloir, vers les chambres et la cave.

Vicente, allongé dans le canapé. Il lit, s’interrompt régulièrement, se penche, griffonne quelques mots sur une feuille posée sur la table basse.

Scène 1

Entre Julia. Une enveloppe en main. Elle regarde Vicente plongé dans son livre. Il redresse la tête en souriant. Elle lui tend l’enveloppe.

Julia, une moue d’inquiétude : - Trésor public.
Vicente, prenant l’enveloppe : - Trésor public ! Ils ne vont quand même pas me faire payer la taxe d’habitation !
Julia : - Ou alors ils te remboursent la taxe foncière...
Vicente : - Trop optimiste. J’ai juste téléphoné, j’ai prononcé mon nom tellement vite que même une dactylo stakhanoviste n’aurait pas pu le noter. Alors un fonctionnaire !
Julia : - Les conversations sont peut-être enregistrées, envoyées en Inde via internet, et là-bas des étudiants en langue française, pour quelques centimes de l’heure, les retranscrivent et les renvoient au service contrôle interne de la direction des impôts, où un logiciel réagit à quelques mots-clés, tout en fournissant des statistiques au chef de service, statistiques primordiales pour dresser le planning des congés payés, du jeu de fléchettes et du nettoyage de la machine à café.
Vicente : - Tu nous refais une dérive Big Brother is watching you !... Et de toute manière il est impératif d’avoir dépassé 75 ans, c’est l’unique solution, affirmation du vénérable fonctionnaire.
Julia : - Les fonctionnaires affirment, confirment et parfois infirment. La loi peut avoir changé ! Ou notre vénérable administration vient de commettre la première erreur de sa longue et vertueuse existence !
Vicente : - Ou une mauvaise nouvelle.
Julia : - Sois pas pessimiste. Tu n’as jamais payé la taxe d’habitation... Et même si quelqu’un m’avait dénoncée, deux travailleurs indépendants Rmistes n’ont pas à payer la taxe d’habitation.
Vicente : - Qui aurait eu l’outrecuidance de te dénoncer ?
Julia : - Le notaire pardi ! Puisque tu ne lui as toujours pas donné l’argent au black qu’il t’a réclamé.
Vicente : - L’escroc ! Tu crois qu’ils demandent si tu vis ici, pour communiquer l’info au Conseil Général, pour diviser par le coefficient delta notre adorable Rmi.
Julia : - C’est ton tour Big Brother is watching you ! Officiellement je vis donc chez ma mère, na ! Et ma chère madame ma mère, même devant vingt-cinq présidents de régions en short et cravate assortie, elle le jurerait sur la tête de... mon père ! Elle ne tient quand même pas à me revoir chez elle !
Vicente : - Trop tard maintenant, impossible de faire l’amour ni de terminer ce chapitre si je n’ouvre pas cette satanée lettre (qu’il tient toujours en main gauche, dans la droite le livre).
Julia : - Très intéressante ta réaction... Pour une ancienne étudiante en psycho !... On a beau être honnête, une lettre avec l’emblème « trésor public », ça panique toujours...
Vicente : - Quand on regarde le vingt heures, on le voit bien, on est que des magouilleurs amateurs...
Julia : - J’en suis certaine, jamais personne n’osera la chanter cette chanson. Ils ont tous trop peur d’un contrôle fiscal... Tu crois que c’est une blague de ma frangine cette lettre ?
Vicente : - Tu la crois capable d’aller aussi loin dans le canular de mauvais goût ?
Julia, en souriant : - Monsieur Ternoise, vous êtes convoqué au centre des impôts de Cahors, troisième escalier, porte K !

Vicente sourit, ouvre l’enveloppe. Sort la lettre. Commence à la lire. Laisse tomber le bouquin. Pas un mot. Il se fige. Blanc.

Julia, le fixe, puis : - Quoi ?

Vicente sans réaction. Seuls les yeux scrutent chaque mot.

Julia : - Quoi ?

Julia va s’asseoir près de Vicente. Il tourne la lettre.

Julia, lit, se fige, marmonne : - Oh rivière de mercure !
Vicente : - Tu crois qu’on m’a dénoncé parce que dans les salons du livre je demande toujours à être payé en liquide ? ( une pratique encore courante dans l'auto-édition ?)
Julia : - Natalia ne serait pas capable d’une telle blague. Avant oui. Non, c’est pas possible. J’aurais reconnu son style. Ou alors elle a replongé.
Vicente : - Replongé ?
Julia : - Replongé dans un de ses trips loufoques... C’est peut-être difficile à croire pour toi mais elle s’est bien assagie avec l’âge Nat !... Je ne t’ai jamais raconté ! Comme quand elle suivait les vieux dans la rue en notant sur un carnet leurs faits et gestes et le lendemain elle allait frapper à leur porte pour leur demander d’expliquer tel ou tel détour. Le plus souvent les vieux lui répondaient, lui offraient même le café ! Ça leur faisait une distraction. Ou quand elle téléphonait aux Natalia de l’annuaire, pour leur demander comment elles supportaient leur prénom.
Vicente : - Tu l’appelles.
Julia : - Tu la crois debout à onze heures, toi ?
Vicente : - Essaye quand même.
Julia : - Si elle m’envoie acheter du tournesol, je te la passe.

Julia se lève, va au téléphone, le décroche, pianote.
Près d’une minute. Puis :

Julia, à Vicente : - Je suis certaine, elle a débranché.
Julia, au téléphone : - Nat ! C’est ta Jue.

Julia : - Je me doute...

Julia : - Mais non, on n’a pas retrouvé ton ébauche... Je te l’ai déjà juré, je suis certaine de ne jamais l’avoir vue... On a bien reçu ta lettre... Sur le coup on a vraiment paniqué...
Vicente, tout sourire : - Ah ! C’est elle !

Julia : - Allez Nat, tu peux te confesser maintenant.

Julia : - Bon, on y croit encore une minute et après tu nous expliques pourquoi tu nous as envoyé ça.

Julia, à Vicente : - Elle joue serré, mais elle va avouer ! Elle fait comme si elle ne comprenait rien à ce que je raconte.
Julia, au téléphone : - Je disais à Vince que tu fais comme si tu comprenais rien.

Julia, à Vicente : - Elle jure sur la tête de Max Ernest !
Julia : - Mais non je n’ai pas fumé de graines de tournesol ! Vicente vient de recevoir une lettre de contrôle fiscal...

Julia éloigne le téléphone de son oreille.

Julia, à Vicente : - C’est son célèbre cri « Et tu me réveilles pour ça ! »

Julia : - Toi qui as fait des études de droit, tu devrais pouvoir nous aider...

Julia : - Bisous.

Julia : - Tu crois que j’ai la tête à te demander ce que tu as peint cette nuit ! Tu nous raconteras tout à l’heure.
Julia, en raccrochant : - Super Nat va passer avec tous ses souvenirs. Elle a vendu en mars un tableau à un mec du centre des impôts, elle va rechercher son nom... Si c’est lui, elle est même prête à lui en offrir un autre pour qu’il passe au dossier suivant... Je comprends pas comment tu m’as préférée !... Si j’étais un mec, je crois que je ne pourrais pas résister à Nat.
Vicente : - Donc si tu deviens lesbienne... Ça m’a coupé l’envie de faire l’amour, cette sale histoire ! Tu te rends compte, c’est la première fois qu’à ton retour du facteur on ne fait pas l’amour !
Julia : - Ouf, tu as remarqué aussi ! Rien que pour ça, je le hais déjà ce Philippe Dupneu... Tu devrais peut-être aller chercher après tes trois dernières déclarations...
Vicente : - Comment tu veux que je les retrouve !... Elles doivent être dans les caisses des « brouillons à revoir ».
Julia : - Comme quoi, il ne faut jamais rien jeter !

Vicente se lève.

Julia : - Tu y vas déjà... Alors c’est vrai ! On ne fait pas l’amour !
Vicente : - Viens toujours chercher avec moi... Peut-être qu’au milieu des cartons...

Ils sortent. Julia l’embrasse sur la joue.

Julia : - Mon fraudeur adoré...


Scène 2

Un chien aboie. On frappe à la porte. Julia entre par le couloir, parlant à Vicente qui la suit (les bras remplis de papiers, qu’il posera sur le canapé).

Julia : - ...une voiture, et Gary aboie, c’est forcément super Nat... Ecoute... Je reconnaîtrais sa manière de frapper entre mille.

Julia ouvre la porte.
Natalia entre, se pend au cou de sa soeur.

Natalia : - Salut les paniqués... Toi tu viens de copuler férocement !
Julia : - Je préfère l’expression « faire l’amour »... Mais ça ne se voit pas !
Natalia : - Tes yeux Jue !

Julia s’avance vers la glace et s’y regarde.

Julia : - C’est juste parce que tu sais que le facteur... Je te raconterai plus rien !

Natalia se pend au cou de Vicente.

Natalia : - Tes yeux aussi Vince !
Vicente : - Puisque tu es voyante, tiens (il lui tend la lettre du centre des impôts).
Julia : - Alors, ton acheteur Inspecteur des impôts ?
Natalia : - Claude Duglaner.
Vicente : - Philippe Dupneu.
Natalia : - C’est un bon début... Ils ont les mêmes initiales !
Julia : - Tu te souviens de tes cours de fiscalité ?
Natalia : - N’oublie pas : j’ai encore trente-six ans et neuf mois de Rmi à toucher avant de vivre correctement de mes créations... Et comme tu le vois (pose mannequin) j’ai tout juste vingt-cinq ans !... (elle récite :) Sont le plus souvent contrôlées les professions où circule de l’argent en liquide...

Julia et Vicente la fixent.

Julia : - Ce ne sont que quelques petites pièces !
Natalia, continue : - Les contrôleurs effectuent systémati-quement des recoupements pour traquer les invraisem-blances... (souriante :) Tu n’aurais pas rempli une déclaration d’ISF ?
Vicente : - ISF ?
Natalia : - Impôts Sur la Fortune quoi !
Julia : - TSF
Vicente : - TSF ?
Natalia : - Ne viens pas nous embrouiller... ISF, TSF, SNCF... On s’égare.
Julia : - TSF ! Redevance télé.
Vicente : - Trésor public, service de la redevance de l’audiovisuel, circonscription de Périgueux, rue des Francs Maçons.
Natalia : - Tu te souviens même de la rue !
Vicente : - Attends, j’ai vu cette paperasse y’a pas dix minutes... (il fouille ses papiers)
Vicente, lit : - A l’issue d’un rapprochement entre les fichiers « redevance de l’audiovisuel » et « taxe d’habitation », effectué conformément aux dispositions de l’article L117 A du livre des procédures fiscales, il apparaît que vous n’êtes pas recensé comme détenteur d’un téléviseur à l’adresse où vous êtes assujetti à une taxe d’habitation. Si vous ne possédez pas de téléviseur, il vous suffit de le préciser sur le questionnaire en cochant la case adéquate.
Natalia : - Et forcément tu n’as pas renvoyé le questionnaire !
Vicente, lui montrant : - Ils n’avaient pas joint d’enveloppe affranchie pour la réponse !
Natalia : - Et ce n’est qu’un article, leur L117 A. Je peux même sûrement vous apprendre que le Code Général des Impôts, comprend 1965 articles, plus des annexes, plus le Livre des Procédures Fiscales et les instructions administratives de Bercy. Et nul n’est censé ignorer la loi !
Julia : - Faudra monter la télé au grenier.
Natalia : - De toute manière, je ne vois vraiment pas à quoi elle vous sert.
Vicente : - Je l’ai gagnée à un concours de connaissances... Sur le foot... Tu sais qu’à 17 ans j’étais déjà un ancien espoir du ballon rond !
Julia : - Très intéressant pour l’ancienne étudiante en psycho ! Ainsi en conservant cette télé qui ne fonctionne peut-être même plus, c’est un peu de tes 17 ans que tu gardes devant toi !
Natalia : - On l’essaye !
Julia : - Tu ne crois pas que nous avons des choses plus urgentes à faire ?
Natalia : - Si vous n’aviez pas fini, allez-y, je patiente ici.
Julia : - Qu’est-ce tu racontes ?
Natalia : - Si vous m’en voulez d’avoir interrompu votre copu... amour effréné !
Julia : - Trésor fiscal !
Natalia, en s’asseyant : - Regarder la télé ! Tu crois que je tiendrais ?... Tu me la donnes ta télé, Vince ? J’écrirai « Ici personne » sur l’écran, et je la mettrai en vente lors de l’expo de printemps... Tu crois pas que c’est ma meilleure idée de la journée ?
Julia : - Trésor fiscal ! (elle s’assied, Vicente aussi)
Natalia : - Bon ! Va falloir mettre un peu le bordel ici ! C’est trop propre votre nid de tourtereaux. Y’a même pas une toile d’araignée. Indispensable. Car si votre contrôleur est un fouineur, il trouvera forcément quelque chose dans tes déclarations. Comme on ne peut plus les changer, comme on ne peut plus changer de contrôleur... Il faut terroriser les terroristes (voix grave à la Charles Pasqua) ! Enfin, il faut décontenancer le contrôleur. Intimider Inspecteur des impôts.
Julia : - Il faut frictionner le fonctionnaire.
Natalia : - Confisquer les fiscaliseurs.
Julia : - Fermer le fisc.
Natalia : - Délocaliser leur local.
Julia : - Enfouir les fouineurs.
Vicente : - Vous croyez que c’est le bon moment pour rivaliser de lyrisme fiscal !
Natalia : - Il doit venir quand votre fonctionnaire ?
Vicente : - 15 jours.
Natalia : - Trop tôt !
Vicente : - 15 jours ou un mois, ça change quoi ? Et le plus vite sera le mieux finalement, le pire c’est l’incertitude ! Comment je vais dormir durant quinze jours ?
Natalia : - T’inquiète ! Aie confiance en Jue ! 15 nuits sans sommeil, je suis certaine que ça vous fera des tas de choses à me raconter !
Julia : - On n’est pas tes cobayes, Nat !
Natalia : - Dans 15 jours si vous laissez la fenêtre ouverte la nuit, il fera encore une chaleur respectable dans le salon, tandis que dans un mois, ça risque d’être limite.
Julia : - Tu veux dire qu’il faut congeler le contrôleur pour qu’il aille voir ailleurs !
Natalia : - Exactement. Même un contrôleur a un jour été un être humain, c’est dans les situations difficiles qu’un peu d’humanité peut ressortir. Il faut qu’il en arrive à penser : je perds mon temps, même s’il a fraudé ce type, il restera en dessous du seuil d’imposition... Tu n’as pas trop exagéré ?
Vicente : - Comment pourrais-je le savoir ?
Natalia : - Enfin, juste pour garder le Rmi et acheter du rosé ?... D’ailleurs je n’ai pas encore déjeuné... Vous n’auriez pas un p’tit rosé au frais ?

Julia se lève et va à la cuisine chercher une bouteille de rosé.

Natalia : - Si vous me laissez carte blanche, je vous prépare une réception qu’aucun bureaucrate ne pourrait souhaiter à son ministre.
Vicente : - Tu ne crois pas qu’il vaudrait mieux l’amadouer, plutôt qu’essayer de le terroriser ?
Natalia : - C’est l’erreur impardonnable avec les fonction-naires. Dans bureaucrate il y a bourreau. Essayer de l’amadouer c’est encore se croire dans un conte pour enfants où il suffit de sourire au lion pour ne pas être dévoré. Il a l’habitude de ressentir sa victime à sa merci, le bureaucrate, et plus le contribuable s’abaisse plus il appuie sur la tête. Ici, il va douter, puis il va trembler.
Vicente : - Trembler... Faudrait quand même pas aller trop loin (Julia rentre... sert trois verres de rosé).
Natalia, prend un verre : - A notre combat ! (ils trinquent)

Julia : - Comment tu vas le faire trembler ce type ?
Natalia : - Les souris !... Qui dit campagne dit souris !... Il va falloir attraper quelques souris d’ici là...
Julia : - Ah non ! On ne lâche pas de souris ici. J’arriverai plus à dormir.
Natalia : - Bon... En plus, les lâcher, elles sont tellement peu coopératives qu’elles risquent de même pas se montrer. Il suffit d’en enfermer une dans vos pièges, ceux aux pigeons... Deux trois trappes aussi pour qu’à son arrivée il ait un service d’accueil conforme à son rang... Tu ne vas pas te montrer Jue, nous irons au grenier, et nous jouerons aux petites souris excitée par un gros fromage suisse...
Julia : - Ça t’amuse ce genre de mise en scène !
Natalia : - On n’a pas tous les jours l’occasion de bousculer un bureaucrate !... Et si ça marche... Tu trouves pas que ce serait un bon sujet ?... Tu peux m’en resservir un deuxième... Je suis à jeun.
Julia : - Tu veux des biscottes ?
Natalia : - Terminé ! Terminé quoi ? Les biscottes à jeun !... Mais une pomme je veux bien (Julia se lève et va dans la cuisine). D’ailleurs... Je crois que je suis bien partie pour décrocher le rôle de Phèdre... Bon Phèdre de Cahors, Agen, Montauban, c’est pas Avignon... Oui, votre histoire m’intéresse... Je suis certaine que je pourrai en faire une pièce de théâtre !
Vicente : - Avec dans le rôle de Natalia : super Nat !... Auteur, metteur en scène, actrice principale, digne héritière de Sarah Bernhardt, pourvue d’une plume à faire sortir de leur tombe Molière, Shakespeare et Sacha Guitry. (durant cette tirade, Vicente regarde tendrement Natalia, qui le lui rend bien, et il caresse sa jambe gauche sur une vingtaine de centimètres en remontant, en partant du genou – ils détournent les yeux) Et tu crois indispensable de retarder ce satané rendez-vous ?
Natalia : - Indispensable !
Vicente : - Et le motif sérieux ?

Julia revient et lui lance une pomme (le site des pommes !)

, reste debout, admirative de sa soeur.

Natalia : - Tu as un rendez-vous avec une chanteuse. A Paris. Dans l’optique d’écrire son prochain album. Naturellement tu ne peux pas décaler ce rendez-vous, essentiel pour ta carrière d’auteur.
Vicente : - La chanteuse s’appelle ?
Natalia : - Top secret forcément ! La chanson est un milieu où tout doit rester confidentiel. Il faut bien faire sentir à ce bureaucrate qu’il n’est pas de ce milieu. Il a beau posséder le pouvoir de fouiner, il ne peut que rêver devant sa télé. Ces artistes devant lesquels il est en bave, toi tu les tutoies ! (Vicente moue sceptique) Vince, tu les tutoies ! Il doit le croire, donc tu dois le croire avant lui. Il a peut-être une fille ou un fils ce Ducon ! Et qu’est-ce qu’il ferait pas pour ne plus passer pour le vieux con de service devant ses gosses de friqué. Quel beau dimanche il va passer s’il peut proclamer avoir vu l’homme qui tutoie l’idole de sa fille.
Vicente : - Sa fille est étudiante en droit et n’aime que l’opéra.
Natalia : - Sois optimiste ! Le monde appartient aux héros assez courageux pour vivre debout, assez lucides pour regarder dans les yeux même les bourreaux, quand il n’est plus possible de changer de trottoir.


Rideau




Acte 2


Le même salon... Crade et bordel (sans télé), fenêtre grande ouverte. Au premier plan un piège grillagé avec une souris à l’intérieur. Devant la fenêtre, une vieille gazinière et sa bouteille à côté. Le chien aboie. On frappe à la porte extérieure.

Scène 1

Julia arrive en courant, enfilant un gros pull.
Julia ouvre la porte. Natalia entre, très couverte.

Natalia, tend un sac de supermarché : - Présentez, armes !

Et retourne le sac : un énorme nuage de poussière.

Julia et Natalia : - Hmm Hmm Hmm Hmm Hmm...
Julia : - Tu ne crois pas que c’était déjà amplement suffisant ?
Natalia : - C’était l’occasion de faire... Hmm hmm... Le ménage.
Julia : - Ton appart est propre ! Qu’est-ce qui se passe ?
Natalia : - Je vais peut-être déménager...
Julia : - Je croyais que tu baisais plus... Hmm hmm...
Natalia : - Justement... Ça doit être l’amour !
Julia : - Et lui ?
Natalia : - Je n’ai pas encore osé lui avouer !
Julia : - Toi ! Mais qu’est-ce qui se passe !
Natalia : - Hmm hmm hmm hmm hmm... Imagine qu’au lieu d’un inspecteur arrive notre mère adorée.
Julia : - J’assisterais à... Vos fumeuses retrouvailles... Hmm hmm...
Natalia : - Parle pas de malheur !
Julia : - Depuis que je vis avec Vince, ça va nettement mieux... On parle pluie, beau temps, touristes, hausse des prix !... T’inquiète pas, je lui en ai dit le minimum mais suffisamment pour qu’elle ne vienne pas.

Durant ces propos, Julia prend un pull sur le canapé et se le passe, puis met un bonnet. Natalia sort un bonnet de sa poche et en fait de même.

Natalia : - Et Vince ?
Julia : - Sois pas surprise... Tu l’as vu non peigné depuis huit jours... Ce matin j’ai ajouté un peu d’huile sur ses cheveux...
Natalia : - C’était un ordre impératif de super Nat !... Pourquoi je serais surprise... Il doit être tout mignon comme ça !
Julia : - Je le préfère autrement...

Vicente entre en peignoir, bonnet sur la tête, ses cheveux gras dépassent, grosses chaussettes (couleurs différentes), pantoufles trouées.

Natalia : - Whaaaaahhhhhh !
Vicente, la voix pâteuse : - Salut les filles !

Il éclate de rire. Natalia se pend à son cou très tendrement...

Vicente : - J’arriverai jamais à parler comme ça durant quatre heures.
Natalia : - Il ne tiendra pas quatre heures ! Parole de Nat ! Allez, dernière répétition générale... Où est le sang ?
Julia : - Non, pas de répétition pour la scène du sang. On a déjà testé avec de l’eau, on sait que ça marche.

Vicente sort par la porte de la cuisine, revient avec un flacon.

Vicente : - Du vrai sang de souris. Il doit être temps de le sortir du frigo, sinon, du sang froid ça peut surprendre... (il agite le flacon) et même pas coagulé !
Natalia : - Tu as dû t’amuser à saigner cette petite bête.
Julia : - Je me suis dévouée.
Natalia : - La scène des fantômes.
Julia : - Mais non, on va la réussir !
Vicente : - Refaites-la quand même... Il ne faudrait quand même pas exagérer... Il doit se demander si c’est un fantôme ou des souris... Je connais Nat !
Natalia : - Quoi ! Tu me connais ?... Je sais me tenir... Parfois !
Julia : - Allez, allons au grenier.

Natalia et Julia sortent par la cuisine

On entend :
Julia : - Attends que je sois dans le grenier avant de mettre un pied sur l’échelle... Tu sais que les échelles et moi on n’est toujours pas les meilleures copines du monde.
Natalia : - Tu devrais en parler à ton psy !... Pourquoi tu as arrêté ?
Julia : - Tu sais bien que j’en connais plus que tous les psys de Cahors réunis...
Natalia : - Sur les autres peut-être, mais c’est toujours sur soi le plus compliqué... Pourquoi tu ne veux pas être ma psy ?
Julia : - Je t’ai déjà expliqué : impossible. Le transfert ne fonctionnerait pas. Je te connais trop.

Bruit : un saut à pied joint dans le grenier

Natalia : - Tes souris adorées sont arrivées !
Vicente : - Des souris, pas des éléphants !
Natalia : - Si on répétait les glissades à la crème !

Bruit : les glissades !

Vicente : - Pas mal. On retient les glissades.
Natalia : - Les petites danseuses, les vieux rats du conservatoire !

Bruit : les « rats » !

Vicente : - Là je doute ! C’est vous ou des souris ?

Julia : - La marche sur talons.

Bruit : des craquements du plafond.

Vicente : - Heureusement que tu n’as pas d’aiguilles.
Julia : - Mais ça donne quoi ?
Vicente : - On se croirait un soir d’hiver quand on se demandait si des souris pouvaient faire un tel chambard.
Julia : - Alors on peut redescendre ? Essai concluant ?
Natalia : - Attends.

Bruit : comme des fantômes dans un grenier.

Vicente : - Tu fais ça comment ?
Natalia : - Secret ! Ça donne ?
Vicente : - A faire uniquement s’il commence à paniquer, à se demander s’il est arrivé dans une maison hantée.

Julia : - Je descends la première... Je sais je suis l’aînée... Mais sur une échelle... Vince, viens tenir l’échelle.

Vicente sort (vers la cuisine).
On entend de la cuisine :

Vicente : - Alors mon amour, les échelles seront toujours ton talon d’Achille ?
Natalia : - Je peux descendre ou je vous laisse prendre une pause ?

Bruit : un grand bond.

Natalia : - Sauter du quatrième barreau, un jour tu réussiras petite frangine !
Julia : - Et si tu étais passée dans la cave ! C’est du plancher par terre ici !
Natalia : - Donc tu n’as pas encore détourné suffisamment pour faire une vraie cuisine !

Ils reviennent dans le salon.

Natalia : - Alors, tes petites souris fantomatiques ?
Vicente : - Presque fantastiques... Mais bon, je ne suis pas inspecteur des impôts... J’ignore comment ça réagit ces humanoïdes-là !
Julia : - J’ai faim !... J’ai préparé à manger dans la chambre...
Natalia : - Décidément, on y fait tout dans votre chambre !
Julia, à Vicente : - Tu peux rester ici, si c’est trop difficile de nous regarder manger.
Natalia : - Oh Vince, ton odeur sauvage !
Julia : - A trois mètres, tu la renifleras aussi bien qu’à trois millimètres.

Ils sortent par la porte des chambres.


Scène 2

Entrent Natalia et Julia.

Natalia : - Tu crois qu’il va tenir, Vince ?
Julia : - Tu veux dire... Que finalement nous aurions dû dormir cette nuit ?... C’est terrible de l’avoir empêché de déjeuner... Alors que ça donne vachement faim !
Natalia : - Moi ça me donne plutôt l’envie d’allumer la télé !... Ils sont tellement tous pareils les mecs, vides, comme téléguidés par une télé ou une radio... Des machos manchots du cerveau. Quand je te vois... Je peux te demander... Un service ?
Julia : - Si ce n’est pas de passer une nuit avec Vince.
Natalia : - Bon alors je n’ai rien dit !
Julia : - Tu reconnais quand même que tu exagères ?
Natalia : - Non... Puisque je n’agis pas derrière ton dos... Je vais peut-être essayer avec des filles... Tu as déjà essayé ?
Julia : - Tu sais bien... Tu es la seule fille avec qui je peux parler plus d’un quart d’heure.
Natalia : - Je ne dis pas de parler, je sais bien que nous sommes les frangines misanthropes... C’est une proposition !?
Julia : - Exagère pas !
Natalia : - Tu crois que Vince serait d’accord pour un câlin à trois ?
Julia : - Je devrais peut-être me méfier de toi !

Vicente entre.

Vicente, voix pâteuse : - Alors, les filles, pas encore au grenier ?
Natalia, regarde sa montre : - Oh Picasso !... Moins cinq !... On discutait de c’qu’on pourrait faire de tendre ce soir pour te... redynamiser !
Julia, qui emmène Natalia : - Au grenier frangine, (à Vicente :) n’oublie pas de fermer la fenêtre !
Natalia : - Tes petites souris vont t’épater...

Elles sortent vers la cuisine, Vicente ferme la fenêtre et les volets puis va à la cuisine cacher l’échelle.

Vicente : - Ferme bien la trappe.

Vicente revient dans le salon, va se voir au miroir. Se sourit.

Vicente : - La tête que j’ai aujourd’hui, j’la r’grettrai dans dix ans !*

Bruit : un grand coup de pied dans le grenier. Vicente sursaute.

Natalia : - Compagnie du grenier, au poste !
Vicente : - Chut !...

Vicente s’assied sur le bord du canapé. Se relève. Se rassied. On frappe à la porte.
Vicente sursaute. Respire un grand coup. Se bouche le nez. Agite les bras. On frappe de nouveau.

Voix du dehors : - Y’a quelqu’un ?

On frappe de nouveau. Vicente va à la fenêtre, l’ouvre, ouvre le volet. Apparaît Inspecteur des impôts.

Vicente, voix pâteuse : - Vous êtes perdu ?
Inspecteur des impôts : - Vicente Harras ?
Vicente : - Parfois... C’est pour quoi ?
Inspecteur des impôts, surpris : - Vous êtes bien monsieur Vicente Harras ?
Vicente : - Assez souvent.
Inspecteur des impôts : - Inspecteur Dupneu, du centre des impôts de Cahors. Nous avons rendez-vous à quatorze heures.
Vicente : - Ah oui... (bâille) Pourquoi vous passez ce matin ?

-->* extrait d’une publicité de Serge Gainsbourg pour les pellicules photos Konica.
Inspecteur des impôts : - Il est quatorze heures.
Vicente : - Pas possible !
Inspecteur des impôts, tourne vers lui sa montre : - Déjà quatorze heures cinq.
Vicente : - Alors c’est à cause de ces putains de souris. Elles ont fait un de ces raffuts. Mais vous êtes sûr, quatorze heures en France ?
Inspecteur des impôts, s’impatiente : - Je peux entrer.
Vicente : - Oui... Si vous me jurez qu’il est bien quatorze heures... En France ?...

Vicente va à la porte, agite la serrure, revient à la fenêtre

Vicente : - Hé !... Inspecteur !...

Inspecteur des impôts réapparaît à la fenêtre.

Vicente : - Vous vous y connaissez en serrures ?
Inspecteur des impôts : - C'est-à-dire ?
Vicente : - C’est bloqué depuis deux mois.
Inspecteur des impôts : - Et vous ne sortez pas depuis deux mois ?
Vicente : - Si si, j’passe par la cave. Vous seriez pas un peu serrurier ?

Inspecteur des impôts le fixe, de plus en plus interloqué.

Inspecteur des impôts : - Pourriez-vous m’indiquer votre entrée secondaire ?
Vicente : - Pas de problème (il fait les signes en même temps) tout droit, à gauche au bout du mur, à gauche encore, et première porte à gauche. Faites comme chez vous, c’est ouvert. Je vais vous ouvrir en haut. Y’a un escalier, c’est pas le Plazza mais ça tient.

Inspecteur des impôts disparaît.

Vicente, sourit : - S’il arrive avec des toiles d’araignées dans les cheveux, j’arriverai jamais à me retenir (il joint les mains). Mon Dieu des magouilleurs amateurs, faites qu’il se casse la gueule dans les escaliers !... Si j’étais à sa place, je le ferais exprès ! Accident du travail !

Vicente sort.

On entend :
Vicente : - Vous inquiétez pas, j’y passe trois fois par jours... Je passe devant vous...

Ils entrent.

Inspecteur des impôts, qui lui tend la main : - Bonjour monsieur Vicente Harras.
Vicente : - Ah oui ! (en baillant) Au fait, bonjour monsieur André Dupneu.
Inspecteur des impôts : - Philippe Dupneu, inspecteur au centre des impôts de la 1ere circonscription du Lot.
Vicente : - Oui, je me souviens. C’est vous qui avez signé la lettre que j’ai reçu. André Dupneu, chef du contentieux... Euh... Heureux de vous rencontrer en vrai.
Inspecteur des impôts, qui regarde autour de lui, interloqué : - Oui, je sais, vous êtes auteur de chansons. Je connais la chanson de Jacques Brel. Mais moi c’est Chritian Dupneu, inspecteur au centre des impôts de Cahors. Troisième secteur.

Bruit : des doigts grattent le bois dans le grenier. Vicente ne s’en soucie pas. Inspecteur des impôts regarde autour et au-dessus de lui.

Vicente : - Ah !... Vous êtes le fils d’André.
Inspecteur des impôts, gêné : - Mon père s’appelait bien André... Mais ça n’a rien à voir. Je suppose que vous avez préparé votre comptabilité.
Vicente : - Ma... Ah oui... Les dépenses et les recettes... C’est ce que vous appelez comptabilité ?
Inspecteur des impôts : - C’est le terme exact.
Vicente : - Vous être certain ?
Inspecteur des impôts : - Parfaitement.
Vicente : - Je croyais que comptabilité ça s’appliquait aux entreprises.

Inspecteur des impôts avance et... Aperçoit la cage grillagée...

Inspecteur des impôts : - Ha ! (il a un geste de recul...)
Vicente, s’avance : - Ça va être une bonne journée je crois !
Inspecteur des impôts : - Vous pourriez la retirer.
Vicente : - Vous êtes de la SPA ? Vous voulez que je la libère ?
Inspecteur des impôts : - Non, non, surtout pas ! La mettre dans une autre pièce.
Vicente : - Je vais aller la noyer tout de suite dans l’évier.

Il ramasse la cage et va dans la cuisine où il fait couler de l’eau tandis que Inspecteur des impôts observe avec surprise et dégoût, s’essuie le costume.
Retour de Vicente.

Inspecteur des impôts, avance vers la petite table : - Ha ! (de nouveau il recule... Il a vu les deux trappes, les deux souris mortes)

Vicente, s’avance : - Celles-là, inutile de les noyer !... Si j’avais dix trappes, je crois que chaque matin elles seraient pleines. Mais je préfère les mettre dans la chambre (silence).
Inspecteur des impôts : - Vous êtes donc au régime...
Vicente : - Non. Si ça vous dérange pas il faut que je déjeune.

Inspecteur des impôts le fixe comme on doit fixer un martien ou, plus courant, un idiot.

Inspecteur des impôts : - Vous êtes donc au régime de la déclaration contrôlée... Je suppose que vous avez préparé vos justificatifs de... Dépenses recettes.
Vicente : - Oui, tout est là (il montre un carton sur la table).
Inspecteur des impôts : - Je peux m’asseoir ?
Vicente : - Bien sûr...

Vicente retire les feuilles devant le carton et les pose un peu plus loin, ainsi Inspecteur des impôts a juste une place pour s’asseoir, le restant du canapé étant couvert de papiers, cartons, chemises trouées...

Inspecteur des impôts : - Vous vivez seul ?
Vicente : - Célibataire sûrement sans enfant à charge.
Inspecteur des impôts : - Sûrement ?
Vicente : - J’ai débuté mon activité sexuelle avant les messages préventifs contre le sida et... Enfin je ne vais pas vous raconter ma jeunesse. Vous ne travaillez pas pour Voici !

Inspecteur des impôts ouvre le carton, sort les premiers papiers, Vicente va chercher du lait, en verse dans une casserole.

Vicente : - Vous voulez un bol de lait ?
Inspecteur des impôts, le fixe de nouveau : - Non merci.
Vicente : - Même avec du chocolat dedans ?... Vous avez de la chance, y’avait du Poulain remboursé, c’est pas tous les jours que les achats remboursés sont de qualité.
Inspecteur des impôts : - Vous pourriez m’indiquer où se situent vos déclarations.
Vicente : - Je suis certain qu’elles sont dans... (il craque une allumette et allume le gaz) Ah... (il sourit) Avant ça m’inquiétait mais j’ai lu que c’est normal chez les humains du sexe mâle, de pouvoir faire qu’une chose à la fois, alors que les humains de sexe femelle peuvent faire trente-six choses à la fois (Inspecteur des impôts le fixe, se demandant sûrement le rapport avec sa question)... Je suis certain qu’elles sont dans le carton, carton, c’est le mot qui m’échappait... Ça vous arrive aussi de ne plus trouver le terme exact en allumant le gaz ?
Inspecteur des impôts, hésitant à répondre : - J’ai une cuisinière électrique.
Vicente : - Si un jour j’en ai les moyens, j’en achèterai une... Ça paye mieux qu’auteur de chansons, chef du contentieux.
Inspecteur des impôts : - Inspecteur des impôts.
Vicente : - Ah, c’est pas un mot différent pour qualifier la même fonction ?... Un... Synonyme ?
Inspecteur des impôts : - Nous en étions donc à vos déclarations.
Vicente : - Je suppose que vous avez les doubles.
Inspecteur des impôts : - Certes...

Bruit : un pied glissant contre le plancher du grenier. Inspecteur des impôts s’arrête, relève la tête, regarde Vicente qui surveille le lait sans la moindre réaction.

Inspecteur des impôts : - Certes... Mais je suppose qu’à l’intérieur de vos déclarations je trouverai le détail de vos... Dépenses recettes.
Vicente : - Tout y est... Il m’a fallu huit jours pour tout retrouver. Mais tout y est !

Bruit : un morceau de bois claqué contre le plancher du grenier. Inspecteur des impôts sursaute, laisse échapper « hein ! » Vicente reste impassible.

Vicente : - Vous voulez un bol de lait ?
Inspecteur des impôts : - Vous êtes sûr que (il regarde au-dessus de lui) le plafond est solide ?
Vicente : - Dans la grande pièce, des tuiles se sont envolées avec la tempête. Mais le voisin m’a aidé, et il tombe plus que quelques gouttes. J’ai mis un seau dans le grenier et ça va. Ici au-dessus, j’y suis monté, à voir ça tient. Vous aussi, vous avez eu des dégâts avec la tempête ?

Un nouveau bruit.

Inspecteur des impôts : - Vous avez entendu ?
Vicente : - Ah !... Les copines...
Inspecteur des impôts : - Vous hébergez des amies dans votre grenier ?
Vicente : - Les copines... Oh c’est pas des travailleuses clandestines !... (Vicente sourit) C’est une déformation professionnelle... Ça m’arrive aussi, quand il se passe quelque chose, j’essaye d’en faire une chanson... Les copines, c’est comme ça que j’appelle les souris... Le matin on dirait qu’elles ont besoin de se dégourdir les pattes... C’est rare qu’il y ait du grain empoisonné remboursé... Vous aussi vous êtes embêté avec les souris ?
Inspecteur des impôts : - Je vis en ville. Mais je croyais que les souris dormaient le jour.
Vicente : - Je suis certain qu’il y a plusieurs tribus. Certaines s’agitent la nuit pour m’empêcher de dormir, d’autres le jour pour m’empêcher d’écrire... Parfois, je me dis qu’elles sont payées par la sacem, ces garces... (Inspecteur des impôts le fixe de nouveau) Ces garces, c’est les souris de la journée... Ou alors elles voudraient que je leur laisse la maison. Mais je ne céderai pas... Oh putain ! (Vicente souffle en direction du lait et soulève la casserole) Oh putain, on discutaille on discutaille et peu à dire le pinard caillé se sauvait... J’aurais pas voulu vous mettre ce drame sur la conscience... (Vicente arrête le gaz)

Nouveau bruit.

Inspecteur des impôts : - Vous êtes certain que des souris peuvent se rendre coupables d’un tel bruit ?
Vicente : - J’en doutais aussi au début. Certains m’ont dit que j’avais acheté une maison hantée.

Inspecteur des impôts se redresse, effrayé.

Vicente : - Alors j’ai phantasmé sur ce grenier, persuadé d’avoir touché le gros lot, persuadé qu’y logeaient des succubes, persuadé qu’une nuit j’aurais une agréable surprise. (passent dans les yeux de Inspecteur des impôts des sentiments difficiles à traduire ; ignore-t-il la signification du terme succube ? A-t-il regardé trop de films d’horreur ?) Mais comme rien n’arrivait, je suis monté au grenier.
Inspecteur des impôts, tombe dans le jeu du silence de Vicente et lâche un : - Et ?
Vicente : - Devinez comment la réalité m’a alors piteuse-ment renvoyé à mon triste sort ? Malheureusement, aucune diablesse ne viendra égayer mes nuits. (Se voulant lyrique :) Aucune diablesse ne viendra égayer les nuits d’un écrivain maudit, jamais, ni succube ni fée, pour me sauver du marasme aussi sentimental. (Silence) Le grenier est envahi de crottes de souris. Finalement, j’y crois pas aux fantômes... Ou alors dans les châteaux ! Vous croyez, vous, qu’ils passeraient des siècles dans une vieille baraque alors qu’ils peuvent se loger gratos dans un palace ? Vous ne croyez pas ?
Inspecteur des impôts : - C’est un raisonnement logique.
Vicente : - Si j’en croise un je lui donnerai votre adresse !

Nouveau bruit. Vicente se lève comme si de rien n’était, va chercher un bol.

Vicente : - Vous dérangez pas, je vous laisse la table, je vais déjeuner ici... J’ai l’habitude.

Il prend la casserole de la main gauche, donne un coup de coude dans la grille de la gazinière... (un bruit donc assez proche de celui du grenier... Inspecteur des impôts sursaute)

Vicente : - Vous inquiétez pas... Je n’ai que deux bras. Pas vous ?

Il pose le bol, verse le lait, pose la casserole, va chercher du pain, du beurre, de la pâte à tartiner premier prix, déjeune...
Inspecteur des impôts feuillette les papiers... Quelques bruits dans le grenier le font toujours redresser la tête.

Inspecteur des impôts : - Pourquoi vos... dépenses – recettes ne sont pas classées ?
Vicente, sourit : - Je pouvais quand même pas imaginer qu’un jour un inspecteur préférerait passer sa journée à vérifier mes additions, plutôt que de s’attaquer aux fraudeurs... Les artisans qui se déplacent uniquement s’ils sont payés au noir, les bouchers, les charcutiers, les agriculteurs, les pharmaciens qui revendent les médicaments qu’on leur rapporte normalement pour les pays pauvres.
Inspecteur des impôts : - Vous avez réglé en liquide un artisan ?
Vicente : - Vous croyez que j’ai les moyens de faire des travaux ?... (en souriant :) Je n’ai pas votre paye !

Inspecteur des impôts replonge dans les papiers. Vicente termine son déjeuner... Inspecteur des impôts ouvre sa sacoche, en sort une photocopie.

Inspecteur des impôts : - J’ai ici un article. Je suppose que vous le connaissez.
Vicente : - On me l’a montré. La photo était plutôt réussie, vous trouvez pas ? Je suppose que vous avez compris !
Inspecteur des impôts : - Qu’y a-t-il à comprendre ?
Vicente : - Oh, comme vous êtes tenu au secret professionnel, je peux vous le dire : j’ai fait comme tout le monde.
Inspecteur des impôts : - Pourriez-vous être plus clair ?
Vicente : - Ça vous intéresse vraiment les grandeurs et misères des artistes ?
Inspecteur des impôts : - J’étudie sans a priori les dossiers, et pour cela je dois connaître votre position.
Vicente : - Alors vous devez savoir que les artistes qui n’ont pas les moyens de se payer de la chirurgie esthétique, donnent aux journalistes une ancienne photo, qui plus est retouchée.
Inspecteur des impôts : - La photo n’est pas l’essentiel pour moi. Vous y déclarez avoir vendu mille huit cents exemplaires de votre dernier ouvrage.
Vicente : - C’est déjà bien, vous trouvez pas ? Les romans se vendent en moyenne à 600 exemplaires.
Inspecteur des impôts : - Mais quand je multiplie mille huit cents par le prix de vente, j’obtiens des recettes nettement supérieures à vos déclarations.
Vicente, éclate de rire : - Vous êtes sérieux !
Inspecteur des impôts : - Ai-je l’air de plaisanter ?
Vicente : - Donc des gens avec votre salaire lisent ce torchon... Et en plus le croient !
Inspecteur des impôts : - Ce sont bien vos déclarations ? Sinon vous auriez exigé un démenti.
Vicente : - Et vous croyez quand même pas qu’un éditeur va communiquer aux journalistes ses véritables chiffres !
Inspecteur des impôts : - Si vous mentez aux journalistes, je n’ai pas de raison de croire que vous agissiez différemment envers le centre des impôts ?
Vicente : - Et si demain le journaliste vous demande à quoi vous passez votre temps, vous allez lui raconter : à vérifier si les informations qu’il publie dans con canard sont conformes aux déclarations fiscales ?
Inspecteur des impôts : - De part ma profession, je suis tenu au secret professionnel.
Vicente : - De part ma profession, je suis tenu au baratin professionnel. Vous ne croyez quand même pas que quand Gallimard prétend avoir vendu 300 000 exemplaires d’un roman, c’est la vérité.
Inspecteur des impôts : - La maison Gallimard ne figure pas dans notre circonscription fiscale.
Vicente : - Je suis le seul éditeur de votre circonscription ?
Inspecteur des impôts : - Vous déclarez dans cet article être « le premier auteur éditeur professionnel de la région », et je ne suis pas tenu de vous signaler si l’ensemble des représentants de votre profession sont vérifiés.
Vicente : - Alors vous avez de la chance... Vous venez de découvrir qu’un éditeur considère les journalistes comme de simples relais commerciaux ! Vous n’avez jamais vu le bandeau best-seller sur des livres dont on annonce simplement la sortie pour le mois suivant ?
Inspecteur des impôts : - Monsieur Ternoise, puis-je voir votre stock ?
Vicente : - Pas de problème... C’est dans la grande pièce... Vous avez un bonnet ?
Inspecteur des impôts : - Je vous suis.

Vicente prend un manteau, le passe au-dessus de son peignoir...

Inspecteur des impôts, qui veut faire de l’humour : - J’ai des difficultés à envisager qu’il puisse faire plus froid qu’ici.
Vicente : - La grande pièce est située au Nord. Pour vous ce n’est pas grave... En cas de maladie vous avez droit aux congés payés.

Ils sortent. Bruits de pas dans le grenier. Puis conversation.

Natalia : - Pendant ce temps-là, les petites souris se dégourdissement les pattes. Et les bras, et les bras (sur l’air de Alouette), et le cou, et le cou, et les seins et les seins.
Julia : - Oh !
Natalia : - T’aimes pas qu’on te caresse les seins.
Julia : - Je préfère que ce soit Vince.
Natalia : - Ne sois pas désagréable ! C’est simplement qu’avec Vince tu es nue. Veinarde !
Julia : - Mais je suis ta soeur ! Qu’est-ce que tu fais !
Natalia : - Je passe doucement mes doigts sous ton gros pull et ton petit tee-shirt. Tu te souviens, quand on dormait dans le même lit ?
Julia : - Arrête !
Natalia : - Chut, j’entends des pas, les hommes reviennent.
Julia : - Arrête !

Inspecteur des impôts, en rentrant : - Vous prétendez que mentir aux journalistes est fréquent dans votre profession.
Vicente : - Vous pouvez vérifier. Le tirage de mon dernier roman est de 1024 exemplaires. Comment voulez-vous qu’en tirant à 1024 je puisse avoir vendu 1800. En plus vous avez bien vu qu’il m’en reste plus de 25 !
Inspecteur des impôts : - Mais c’est un mensonge ! Je ne comprends pas ! Pourquoi vous proclamez-vous « premier auteur-éditeur professionnel de la région » ? Alors que vous ne vendez presque rien et vivez du Rmi ?
Vicente : - Pour qu’un livre se vende, il faut d’abord faire croire qu’il se vend. Les écrivains n’y peuvent rien, les lecteurs sont comme ça, ils nous regardent uniquement si on les a persuadés que leur voisin nous a lu. Il faut qu’inconsciemment ils se sentent coupables de ne pas nous avoir lu... Vous, par exemple.
Inspecteur des impôts : - Moi ?
Vicente : - Oui, vous, au volant de votre voiture, vous pensiez « ça doit être intéressant ce qu’il écrit, quelle chance j’ai, je vais rencontrer un grand écrivain. » (silence) Vous aviez même décidé d’acheter un de mes livres. Et maintenant ?
Inspecteur des impôts : - Désolé de vous décevoir mais avec ma charge de travail, je n’ai pas le temps de lire au-delà des lectures professionnelles.
Vicente : - Vous n’achetez jamais de livre !
Inspecteur des impôts : - Euh... Parfois pour offrir.
Vicente, désabusé : - C’est le problème. Les gens intéressés par mes livres sont jeunes et sans un sou, et les friqués s’en foutent de la littérature. Et en plus, quand vous achetez un livre, vous prenez celui dont « on », le « on » de la manipulation médiatique, dont on dit « c’est intéressant ». Et votre ami vous dira merci, il placera ce livre dans sa bibliothèque et jamais ne l’ouvrira. Mais vous aurez l’impression de réaliser un cadeau original et lui aussi sera satisfait, parce qu’il pensera que vous le considérez comme un lecteur, donc comme une personne intelligente... C’est foutu, la littérature...
Inspecteur des impôts : - Nous sommes ici pour évoquer votre comptabilité.
Vicente, encore plus désabusé : - Si mes explications vous emmerdent, je vais me recoucher.

Enorme bruit : comme si deux personnes se roulaient par terre dans le grenier. Inspecteur des impôts dresse la tête.

Inspecteur des impôts : - Et cela ne vous inquiète pas ?
Vicente : - Oh vous savez, vous faites votre métier, mais vous pouvez passer trois jours dans ma comptabilité, si vous trouvez une erreur, elle sera même pas de 114 francs, alors pourquoi je m’inquiéterais, erreur ou pas erreur de 114 francs, de toute manière je suis loin d’être imposable.
Inspecteur des impôts : - Je parlais des bruits étranges dans votre grenier.
Vicente : - Vous croyez que j’ai les moyens de faire venir la compagnie de défantomisation ?

Inspecteur des impôts a un sourire crispé.

Vicente : - Vous vous y connaissez en fantômes ?... Vous croyez que c’est dangereux ?
Inspecteur des impôts, qui se frotte les mains : - Vous ne chauffez jamais ?
Vicente : - Y’a des gens qui dorment dehors à moins dix, mon grand-père a passé un hiver dans les tranchées, vous croyez qu’il jouait les chochottes ? Quand on a la chance d’avoir un toit, on doit déjà se considérer bien heureux, on baisse la tête, on ferme sa gueule et on attend le printemps, et ça n’empêche pas d’être heureux... C’est en soi qu’on trouve l’essentiel... Vous ne croyez pas ?
Inspecteur des impôts : - Certes mais... Je vais terminer de consulter votre... Comptabilité.

Inspecteur des impôts se rassied et feuillette.

Inspecteur des impôts : - Haaa ! (il bondit hors du canapé)
Vicente : - Vous avez eu une vision ?

Inspecteur des impôts ne peut plus parler, montre la table.

Vicente : - Qu’est-ce qui se passe ?... Vous avez eu une vision ?... Votre femme avec le facteur ?
Inspecteur des impôts, continue à montrer la table et réussit à articuler : - Du sang !
Vicente : - Votre femme perd son sang ?
Inspecteur des impôts, respire profondément : - Du sang est tombé sur les feuilles.
Vicente : - Le sang de votre femme est tombé sur les feuilles ?... Dans votre jardin ?
Inspecteur des impôts, montrant le plafond : - Du plafond, sur vos feuilles.
Vicente, s’avance vers la table, prend une feuille : - Vous êtes certain que ça n’y était pas avant ?
Inspecteur des impôts : - Je l’ai vu tomber... C’est du sang frais.
Vicente, bascule la feuille : - Ah oui ! Il bouge sur la feuille... Vous ne vous seriez pas coupé... Ça arrive souvent avec des feuilles...
Inspecteur des impôts, qui se regarde quand même les mains : - Le sang est tombé du plafond.
Vicente : - C’est pas possible !... Les fantômes ne perdent pas de sang.

Inspecteur des impôts se rapproche de la table en regardant le plafond puis la feuille que Vicente tient en main.

Inspecteur des impôts : - C’est bien du sang.
Vicente : - Oh putain ! Vous croyez que ça vient du plafond... Alors tout s’explique.
Inspecteur des impôts : - Tout s’explique ?
Vicente : - Oui, une fois j’avais laissé un bouquin ouvert sur la table et le lendemain il y avait une grosse tache rouge dessus. C’était un bouquin de la bibliothèque, les ombres errantes, de Pascal Guignard, je me suis demandé comment j’avais fait la veille pour ne pas la voir... Donc y’aurait aussi du sang qui tombe du plafond... Ce s’rait mieux si c’était de l’or.
Inspecteur des impôts : - Je crois qu’il vous faudrait prévenir les services sanitaires.
Vicente : - Vous croyez qu’à la mairie, ils ont un service de défantomisation ?...

Inspecteur des impôts tremble.

Vicente : - Le notaire me répondrait avec son petit air de vipère, « vous ne pouvez pas dire que je vous ai caché que votre maison est située près du cimetière »... Pour comprendre ma réflexion, il faut savoir que ce notable de campagne n’a pas jugé opportun de me signaler qu’un projet de ligne à Très Haute Tension était dans les cartons, une ligne à Très Haute Tension qui doit passer à même pas cinq cents mètres d’ici... Plutôt que de chercher des poux chez les honnêtes citoyens, vous feriez bien de vérifier les dépenses recettes des notaires... Parce qu’il m’a demandé du fric en liquide, ce blaireau. J’ai bien sûr refusé, je vous le dis tout de suite. Mais d’autres doivent se laisser dépouiller.

Silence. Inspecteur des impôts est comme tétanisé. Il continue à regarder le plafond. Vicente, derrière lui, sourit. Il tire sur une ficelle derrière le canapé. Et on entend le « clic » d’une trappe à souris. Inspecteur des impôts sursaute, se retourne.

Vicente : - Ah ! Ça doit être une bonne nouvelle.

Il contourne le canapé, se baisse et brandit une trappe avec une souris morte.

Vicente : - Toujours une qui n’ira pas se réfugier dans votre poche.

Inspecteur des impôts frappe machinalement ses mains contre ses poches, puis s’essuie le front.

Inspecteur des impôts : - Bon... Je crois avoir suffisamment d’informations...
Il regarde discrètement dans sa sacoche, ne veut pas trop montrer qu’il vérifie s’il n’y a pas de souris, regarde vers la table, regarde Vicente.

Inspecteur des impôts : - Je vous souhaite une bonne journée, monsieur. Je vous souhaite bon courage.
Vicente : - Je vous souhaite un bon retour... C’est bon, donc, ma... Ma comptabilité.
Inspecteur des impôts : - Vous recevrez une notification écrite.

Inspecteur des impôts, à reculons, va vers la porte de la cuisine, qu’il ouvre.

Vicente : - Vous préférez sortir par la fenêtre de la cuisine ?
Inspecteur des impôts : - Ce n’est pas la sortie ?
Vicente : - Si vous préférez sortir par la fenêtre, ça ne pose pas de problème pour moi. Je le fais parfois aussi.

Inspecteur des impôts essaye de se repérer et va vers la porte couloir / cave.

Inspecteur des impôts : - Je vous souhaite une bonne journée.
Vicente : - Je vais vous ouvrir la porte de la cave.

Inspecteur des impôts sort, Vicente le suit.

Du grenier :

Natalia, doucement : -
Tu vois qu’il était nickel mon plan !
Julia : - Attends qu’il ait démarré, on ne sait jamais.

Quelques instants. Vicente rentre avec un radiateur, le branche.

Julia : - On doit voir sa voiture par les trous à pigeons.

Elles courent dans le grenier.

Natalia : - Il est blanc comme un linge ton inspecteur... Il a du mal à respirer... Ah, il vient de mettre sa bagnole de bourge en marche... En plus il ose nous polluer, ce fonctionnaire.
Julia : - C’est bon, il est parti.
Natalia : - Remets l’échelle Vince...

Vicente va dans la cuisine, on l’entend poser une échelle, la trappe du grenier s’ouvre...

Natalia : - Cette fois je passe la première...

Bruit : un grand bond.

Julia : - Mais tu es folle de sauter comme ça.
Natalia : - C’est pour sauter dans les bras de Vince, ma grande soeur adorée... Tu as été génial mon Vince adoré !...
Julia : - Tenez l’échelle... Nat, je te permets pas de frotter les seins contre la poitrine de Vince...
Natalia : - Regarde pas en bas, tu vas avoir le vertige !...
Julia : - Nat, tes seins !
Natalia : - Mes seins... Après c’qu’on a fait là-haut... Je peux bien embrasser Vince aussi sur la bouche (on entend un bruyant baiser sur la bouche).
Julia : - Mais défends-toi Vince... Et tiens-moi l’échelle... Nat, ça t’avais pas le droit...

Un nouveau bruyant baiser.

Natalia : - Bon, je te tiens l’échelle... A condition qu’on prenne une douche à trois.
Julia : - Jamais. Jamais !
Natalia : - Viens Vince, on va aller prendre une douche à deux... On va quand même retirer l’échelle, on ne sait jamais avec Jue, la jalousie pourrait être plus forte que sa phobie !
Julia : - Nat, je te défends.
Natalia : - Quoi, je suis couverte de toiles d’araignées, je peux bien prendre une douche.
Julia : - Vince, tiens-moi l’échelle !
Natalia : - Allez, décontracte-toi... Alors, tu en as envie aussi, d’une douche à trois ?
Julia : - Nat, arrête... Vince, plutôt que de te laisser caresser, tiens-moi l’échelle... Il est temps... Nat arrête.
Natalia : - J’aime bien te caresser les jambes, descends encore d’un barreau...
Julia : - Tu veux vraiment que je me casse la gueule.
Natalia : - T’inquiète pas, on te récupérera dans nos bras, et on t’emmènera immédiatement sous la douche.
Julia : - Arrête Nat.
Natalia : - Je n’y peux rien, comme tu es descendue d’un barreau, tu es juste à la hauteur... Encore un et...
Julia : - Mais Vince, empêche-la.
Vicente : - Vous avez fait quoi là-haut pour être dans cet état ?
Julia : - Ah non Nat !...
Natalia : - Entre soeurs, une certaine tendresse est permise quand même...

Rideau



Acte 3


Idem acte 1 (sauf télévision), Vicente lit, allongé dans le canapé... Entre... Natalia !...
Elle tient dans la main droite une lettre (dès qu’elle ouvre la porte, Vicente se retourne, la fixe d’Amour).

Scène 1

Natalia : - Gloire à l’administration fiscale qui a changé notre vie !
Vicente : - Mais maintenant que sa vie n’a pas été totalement inutile, qu’il nous laisse en paix !
Natalia : - Ne sois pas impatient ! (Natalia déchire l’enveloppe, sort la lettre à toute vitesse, la lit de même, et la jette en l’air tout en se précipitant sur Vicente qui se lève) Aucune charge retenue contre vous... mon Amour.

Ils se serrent.

Natalia, sourit et se sépare de Vicente : - Tu sais comme je suis...
Vicente : - Presque !
Natalia : - Je m’étais dit que s’ils nous laissaient tranquilles, c’était bon signe... Et dans le cas contraire que j’étais...
Vicente, sourit : - Tu étais ?
Natalia : - Une garce !
Vicente : - Oh !
Natalia : - Ce n’est pas tout !... S’ils nous laissaient tranquilles c’était bon signe... Et nous pouvions avoir un enfant cette année.
Vicente : - Tu crois notre rythme de vie compatible avec un enfant.
Natalia : - Quand nous serons trop occupés, sa marraine se fera un plaisir de le pouponner.
Vicente : - Sa marraine... Tu veux dire ?
Natalia : - Bin oui, Jue... Je vais l’appeler pour lui annoncer... Lui annoncer... Oui, je ne t’ai pas encore tout avoué !... Comme ils tardaient à nous écrire, ça signifiait que tout allait bien... Donc j’ai devancé la bonne nouvelle... J’ai arrêté la pilule y’a sept semaines.
Vicente : - Tu ?
Natalia : - Ça fait un moment que faire l’amour dans la baignoire, ce n’était plus par obligation.
Vicente : - Tu sais bien que je mélanges les jours et les semaines. Tu veux dire... (il pose sa main droite sur le ventre de Natalia)
Natalia : - On va avoir un bébé.

Vicente sert Natalia dans ses bras.

Natalia : - Tu trouves pas que tu exagères... Je m’empresse de résumer avant toi !
Vicente : - Tu crois qu’Julia va être ravie, sera d’accord pour être marraine ?
Natalia : - C’est ma frangine. Et je la connais même mieux que toi... Tu vois... Elle doit attendre mon appel. Elle va me demander ce que je deviens depuis le temps, où j’étais passée pour la laisser sans nouvelles.
Vicente : - Bon, je veux bien croire qu’elle ne t’en veuille plus mais...
Natalia : - Et toi, tu veux dire ?
Vicente : - Bin oui, faudrait quand même que la marraine de notre enfant ne me morde pas dès qu’elle me verra...
Natalia : - Au contraire !...
Vicente : - Au contraire ?...
Natalia : - Ou plutôt ça risque d’arriver.
Vicente : - Qu’elle me morde !
Natalia : - C’est c’qui m’embête... Mais je n’ai pas le choix... Elle risque de te laisser de tendres morsures...
Vicente : - Oh !
Natalia : - Bin oui, je lui ai piqué son mec. Dans notre langage ça fait 2-1.
Vicente : - C’est quoi de votre score footballistique !
Natalia : - Donc Jue ne t’a jamais raconté !
Vicente : - Alors ce n’était pas la première fois !
Natalia : - La première fois, ça n’avait rien de comparable avec nous, c’était juste pour rire. Et finalement elle a été bien contente que je la débarrasse... Mais dès que je suis sortie avec un autre mec, il ne lui a pas fallu huit jours pour égaliser. Donc je sais que même si pour elle comme pour moi ça n’a rien à voir...
Vicente : - Je crois plutôt qu’elle m’en veut.
Natalia : - Je sais qu’elle te veut.
Vicente : - Je t’ai déjà dit.
Natalia : - Je sais... Et Jue aussi... Mais ça ne change rien, elle va essayer de te récupérer.
Vicente : - Oh ! Tu crois que je pourrais...
Natalia : - Qui pourrait résister à Jue quand elle veut quelque chose !
Vicente : - Qui pourrait résister à Natalia quand elle veut quelque chose !... C’est bien ce qu’elle avait conclu... Avant de m’envoyer cette gifle que je sens encore (il se touche la joue). Tu n’as pas confiance en moi ?
Natalia : - Oh si !
Vicente : - Alors ! En plus nous allons avoir un enfant !
Natalia : - Elle va essayer d’être ton amante !
Vicente : - Oh !
Natalia : - Le jour où nous devrons arrêter de faire l’amour.
Vicente : - Oh !
Natalia : - Elle a plusieurs solutions.
Vicente : - Tu as déjà réfléchi à tout ça !
Natalia : - N’oublie pas qu’en plus d’être la plus grande artiste peintre du... J’allais dire du pays... Bon, du Quercy, un jour je serai auteur de théâtre.
Vicente : - Alors Julia sur ça avait raison ! Nous sommes tes cobayes !
Natalia : - Mais je suis aussi mon propre cobaye. Et tout le monde ferait bien d’en faire autant, d’utiliser son vécu pour le transcender en art. C’est la seule manière de le sauver du néant.
Vicente : - Tu es vraiment la dernière Proustienne.
Natalia, récite : - La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, par conséquent la seule vie réellement vécue, c’est la littérature.
Vicente : - Et si j’ai bien suivi, dans cinq minutes tu téléphones à Julia...
Natalia : - Et dans une heure elle débarque ici !
Vicente : - Et elle arrivera avec un moral d’enfer pour essayer d’égaliser dans votre grand jeu !
Natalia : - Ça va bien plus loin que ça.
Vicente : - C’est à dire ?
Natalia : - Elle t’aime encore.
Vicente : - Là tu exagères.
Natalia : - On verra... Mais...


Scène 2

Les mêmes

Natalia, va au téléphone : - Je ne peux pas faire autrement que de l’appeler... Tu préfères que je ne l’appelle pas ?
Vicente : - Peut-être que oui.
Natalia : - Mais c’est impossible. Je crois que ça devient invivable pour elle comme pour moi de ne pas se voir... Et comme je t’aime... Je suis même prête à comprendre qu’un jour elle devienne ton amante.
Vicente : - Oh !
Natalia : - Je serai au courant. Je devinerai. Mais... Enfin, on verra... De toute manière je n’oublierai pas que c’est moi qui ai fait revenir ainsi ma... concurrente.
Vicente : - Ou alors, tu veux te prouver que jamais elle n’égalisera !
Natalia, en souriant : - Alors maintenant monsieur le magouilleur amateur essaye de me deviner !... Bon j’appelle...

Natalia décroche l’appareil, pianote les dix numéros... et attend.

Natalia : - Jue !

Natalia : - Comment je sais quoi ?

Natalia : - Qu’est-ce qui t’arrive ?

Natalia : - Oh merde ! Tu aurais pu appeler !

Natalia : - Et tu vas faire quoi ?

Natalia : - Quoi ! A la rue ! Jamais !

Natalia : - Tu vas venir ici quelques jours avant de retrouver quelque chose.

Natalia : - Mais si, Vince est d’accord.

Natalia, à Vicente : - Son téléphone est coupé demain, elle est à la rue lundi, elle n’a plus un centime, virée du Rmi, et elle ne veut pas venir ici quelques jours. Elle ose prétendre que tu ne voudras jamais ! Tiens, dis-lui.

Vicente prend l’appareil.

Vicente : - Julia...

Vicente : - Tu me prends pour un grand méchant loup alors... En plus Natalia avait quelque chose d’important à t’apprendre.

Vicente : - Je t’invite aussi quelques jours...

Vicente : - Natalia va te dire.

Vicente redonne l’appareil à Natalia.

Natalia : - Je suis enceinte.

Natalia : - Tu es toujours là ?

Natalia : - Tu veux bien être la marraine à gâteaux ?

Natalia : - On va venir te chercher...

Natalia : - T’es sûre... Bon, à tout de suite...

Natalia raccroche.
Natalia : - Elle arrive en stop. Elle n’a plus qu’un sac de sport ! (silence) Picasso ! Jamais j’aurais cru qu’elle puisse tom-ber comme ça ! Picasso ! Même virée du Rmi ! Elle t’aime donc autant que je t’aime !
Vicente : - Dire que durant des années j’ai vécu seul, en pensant qu’aucune femme ne pourrait supporter cette vie d’écrivain sûrement un peu trop lucide, de campagnard même pas milliardaire américain.
Natalia : - Ton coeur balance déjà ?
Vicente, va vers Natalia, la prend dans ses bras : - C’est une vraie question ou c’est juste... Pour si un jour tu en fais une pièce de théâtre ?
Natalia : - Mais là je suis dépassée ! J’aurais jamais pu imaginer qu’un jour j’inviterais l’ancienne amie de l’homme que j’aime à venir partager nos quelques mètres carrés. Même si cette ancienne amie est ma soeur adorée !... Tu crois que notre couple peut résister à un pareil cyclone ?
Vicente : - Julia t’appelait souvent Nat le cyclone.
Natalia : - Les soeurs cyclones. Cyclothymiques aussi.
Vicente : - Donc mon avenir est d’être naufragé !

Scène 3

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On frappe à la porte.

Natalia : - Déjà !
Vicente : - C’est pas possible.

Julia apparaît à la fenêtre. Natalia va ouvrir ; les deux soeurs tombent dans les bras l’une de l’autre.

Natalia : - Comment as-tu fait pour arriver aussi vite ?
Julia : - Imagine sur qui je suis tombée au rond-point ? Not... Votre voisin ! Mais je n’ai rien dit pour...
Julia pose une main sur le ventre de sa soeur.

Natalia : - Il est trop tôt pour l’entendre.

Julia se tourne vers Vicente.

Julia, dont la voix tremble légèrement : - Bonjour monsieur. (elle sourit) Bonjour Vicente.
Vicente : - Bonjour Julia.

Natalia les regarde, interrogative. Julia se tourne vers elle :

Julia : - Vous l’avez fait exprès ou tu as oublié ta pilule ?
Natalia, vexée : - Je n’ai jamais joué à la roulette russe avec ma vie... (posément :) Tu nous racontes tes aventures ?
Julia : - Julia, trente ans et des poussières, sans domicile fixe, sans illusion, sans passion, sans présent, sans avenir, punkitude totale, tendance Cioran.
Natalia : - Et tes tableaux, ton chevalet ?
Julia : - J’ai hésité entre le mont de piété et... Et j’ai tout cassé. Je ne suis pas peintre, il n’y a qu’un artiste par génération dans la famille... J’ai hérité de la mère et toi du père... Je suis looser, parano, mauvais karma, détraquée, héritière des tares accumulées par des générations d’ivrognes, de schizophrènes, d’hystériques. Bon, je vous préviens, niveau moral, ces jours-ci...
Natalia : - J’ai ce qu’il te faut...

Natalia va dans la cuisine et revient avec une bouteille de rosé et trois verres. Elle les pose sur la table, et verse. Durant son absence, Julia et Vicente n’osent pas se parler, détournent les yeux et se lancent quelques regards...

Natalia : - Allez...

Julia et Vicente s’approchent de la table.

Julia : - Balancez-moi dans un foyer ou sous un pont. Ce s’rait sûrement mieux
Natalia : - Dis pas de conneries... Allez, à ton grand rôle de marraine à gâteaux...

Ils trinquent debout. Natalia et Vicente boivent une gorgée. Julia vide son verre cul sec. Natalia lui en ressert un immédiatement. Vidé de nouveau cul sec.

Julia : - Prendre une cuite et dormir, c’est peut-être ce que j’ai de mieux à faire... Je suppose que vous n’avez pas eu vraiment le temps de faire des travaux... Je dormirai dans le canapé.

Julia vide un troisième verre.

Julia : - Vous avez du stock ?


Rideau



Acte 4



Décor identique à l’acte précédent. Vicente dans le canapé. Il pose son livre. Et pense à voix haute, en souriant :

Vicente : - Un contrôle fiscal ! Je n’aurais jamais pu croire qu’un contrôle fiscal bouleverserait autant ma vie !

Entre Natalia.

Natalia : - En plus tu parles seul maintenant !
Vicente : - Je pensais à ce qui vient de nous arriver... (souriant) C’est vrai, finalement, on devrait peut-être en faire une pièce de théâtre de notre vie !
Natalia, montre une lettre : - Et y’à une suite !
Vicente : - Peut-être qu’il s’est décidé à m’acheter un livre.
Natalia : - Tu attends ce soir avant d’ouvrir... (elle s’approche très câline)
Vicente : - Ouvre quand même !
Natalia, ouvre, devient blême, se tient au canapé : - Oh misère !
Vicente : - Quoi ?
Natalia, lit d’une voix mécanique : - Il apparaît après enquête de voisinage et diverses écoutes téléphoniques, deux points à la ligne, un tiret, les soeurs Kelly, officiellement hébergées à titre gratuit, sont vos concubines et perçoivent indûment le RMI ainsi que l’allocation parents isolés pour des enfants dont tous les indices concordent pour vous en attribuer la paternité.
En conséquence de quoi, et après concertation avec le Conseil Général, nous nous réservons le droit de déposer plainte auprès du Tribunal de Grand Instance de Cahors pour extorsion d’avantages sociaux indus et polygamie contraire à la législation, ceci dans le cas où vous ne régulariseriez pas votre dossier sous trente jours par le remboursement des sommes trop perçues, soit

Natalia s’évanouie.

Vicente, bondit et hurle : - Julia !

Vicente essaye de réanimer Natalia, Julia arrive.

Julia : - Dis pas que Nat s’est évanouie... C’est pas possible !

Vicente ramasse la lettre et la lui tend, tout en essayant de réanimer, par des gestes désordonnés, Natalia.

Vicente, affolé : - Aide-moi plutôt, tu liras plus tard.
Julia, en souriant : - Essaye le bouche à bouche, je suis certaine qu’elle va adorer.
Vicente, la regarde : - Et ça te fait rire !
Julia : - Viens, on va faire l’Amour, on s’occupera de son cas plus tard !
Vicente : - Qu’est-ce qui te prend ?
Julia : - Bin quoi ! Tant que Nat est évanouie, je peux en profiter quand même !
Vicente : - Arrête, c’est grave, elle réagit plus (Vicente continue à la remuer).

Julia se baisse et... gifle doucement sa soeur... qui ne réagit pas. Elle la pince. Aucune réaction.

Julia : - Merde ! Je ne me serais quand même pas trompée ?
Vicente : - Trompée ?
Julia : - Cette lettre, c’est une lettre de Natalia.
Vicente : - Pas possible. J’vois vraiment pas pourquoi elle aurait fait ça. Aide-moi, plutôt que de dire n’importe quoi... T’as pas fait secouriste ?
Julia : - Quatre heures ! Et il y’a deux minutes, j’en aurais mis mes seins à couper. Elle réagit pas quand je la pince !... J’ai trouvé !
Vicente : - Quoi ?
Julia : - J’ai trouvé ! Les chatouilles sous les pieds.

Natalia se redresse en bousculant Vicente toujours agité près d’elle.

Natalia, en riant : - Non, pas les guilis !
Julia : - Nat, tu peux te jouer de Vince... Mais pas de ta grande soeur adorée.
Natalia : - J’ai fait quoi comme erreur ?
Julia : - Aucune !
Natalia : - Alors ?
Julia : - Je savais bien qu’un jour tu t’amuserais à ça !
Vicente : - Et vous croyez qu’un mec peut survivre ainsi avec deux femmes et deux enfants !

On entend un enfant pleurer.

Julia : - Je suis certaine que c’est le cri « pas les guilis » qui l’a réveillée. Allez Vince... C’est une de tes filles !

Vicente sort.

Julia : - Alors, pourquoi tu as joué à ça ?
Natalia : - J’arrivais pas à trouver une chute pour ma pièce de théâtre.
Julia : - Alors, c’est ça que tu écris !
Natalia : - Je voulais vous en faire la surprise !
Julia : - Arrête, tu ne peux pas écrire notre vie. On va avoir tout le monde sur le dos, le fisc, le Conseil Général, des ligues nous accuseront d’incitation à la polygamie, un ministre voudra nous exclure de la nationalité française puisque nous n’avons pas de légion d’honneur à rendre et nos relations sont légèrement...
Natalia : - Quoi légèrement ! Entre adultes consentants ! Où est le problème ?... Et en plus... Je peins depuis quinze ans et j’ai vendu un tableau, encore, parce que le vieux roudoudou espérait qu’une nuit soit comprise ! Alors on touchera le minimum vieillesse avant qu’elle soit jouée, cette pièce.
Julia : - Et tu penses que ça ferait une bonne chute, ta tirade sur l’environnement de notre combat contre une société étriquée et a-culturelle ?
Natalia : - Une bonne chute... Quelque chose dont tout le monde se souviendra...

Natalia sourit, elle gifle sa soeur.

Natalia : - Un partout !



Rideau- Fin.


comédies contemporaines pour troupes de théâtre...